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Le nouveau pouvoir Moïse/ Lafontant sur les sentiers battus de Michel Martelly
Posté le mercredi 19 avril 2017 par icklhaiti

Par Marc-Arthur FILS-AIMÉ,

Directeur général de l'ICKL

Suite aux dernières élections, la population haïtienne dans sa grande majorité ne s'attendait pas à de grands changements, voire à une révolution avec l'élection de Jovenel Moïse comme président de la république. Elle n'a jamais été dupe, car M. Moïse est un illustre inconnu qui a bondi, d'un seul saut, de ses activités personnelles à l'échelon supérieur de la magistrature de l'État. Le nouveau président n'a jamais eu le pied à l'étrier dans les luttes populaires. Cependant, on pensait qu'il userait d'un peu plus d'intelligence politique pour se démarquer de son mentor, l'ex-président Michel Martelly, et amorcer un nouveau départ au pays profondément meurtri par les assauts délétères du néolibéralisme et de la corruption.

Le président Jovenel Moïse a renouvelé le plan sociopolitique de l'ex-président Martelly.

Malheureusement, le président Jovenel Moïse a débuté autrement son mandat quinquennal. Il a repris le même schéma de M. Martelly basé sur les zones franches agricoles et industrielles et l'exploitation des mines toujours sous l'obédience de la communauté internationale notamment de l'impérialisme américain. Son mot d'ordre de modernisation de l'agriculture signifie l'élimination de la paysannerie parcellaire au profit de grandes surfaces agricoles entre les mains de l'oligarchie locale et des entreprises multinationales. Jusqu' à nos jours, ce secteur, malgré tous les mépris dont il est l'objet de la part des classes dirigeantes avec une maigre allocation budgétaire avec 1% du crédit agricole, représente 20 % de notre Produit intérieur brut(PIB). Il se développe dans certains milieux un courant issu d'une thèse de la mondialisation qui prétend que les pauvres sont incapables de faire une agriculture rentable, oubliant que depuis des millénaires, ce sont ces gens pauvres ou pour dire mieux ces gens appauvris qui ont toujours alimenté le monde.

C'est dans cette même veine que nous comprenons le discours d'investiture du président Moïse du 7 février dernier. Son texte est parsemé de menaces dont l'une d'entre elles - la loi relative à la répression de la diffamation - a été votée à l'unanimité par l'assemblée des sénateurs. Cette loi qui contient des clauses attentatoires à la liberté de parole, attend le verdict de la chambre basse. Cette dernière va-t-elle se soucier de la répudiation de cette loi par presque tous les secteurs de la société ? Les législateurs y apporteront sans doute des changements cosmétiques qui ne modifieront pas sa nature puisqu'elle leur servira de bouclier pour leur auto-défense et celle des membres de leur famille politique. Les rumeurs de trafiquants de drogue, de blanchisseurs d'argent sale et d'autres actes répréhensibles répandues sur le compte de plusieurs d'entre eux, sont présentes dans toutes les conversations. Il faut les étouffer.

Le président Jovenel Moïse imite M. Martelly jusqu'à la façon de choisir son premier ministre Le choix du premier ministre par le président Moïse se veut un autre avertissement sérieux aux opposants à son régime et imprime l'avenir de son mandat. Son adjoint immédiat, le docteur Jack Guy Lafontant, qui est son médecin traitant personnel est comme lui un inconnu sur la scène politique. Il s'agit d'un professionnel de la santé qui n'a pas été en règle avec le fisc comme cela a été le cas du premier ministre de M. Martelly, M. Laurent Lamothe. C'est pourquoi il a dû aller acquitter illico ses cinq dernières années d'impôt et de taxe avant de se présenter au Parlement, ce pour répondre aux exigences de la Constitution. Aura-t-il le courage d'exhorter quiconque à le faire ? Chef du gouvernement, il devrait être celui qui se donne comme modèle pour persuader la société à respecter les règles du jeu démocratique et citoyen. De surcroît, Il a présenté aux deux chambres législatives des documents tissés d'irrégularités de toutes sortes.

Le pouvoir exécutif, composé du président de la république et de son premier ministre, est ainsi coiffé de deux personnalités illégitimes : l'une pour être inculpé de blanchiment d'argent et l'autre qui a pu escalader les portes du parlement grâce à la complicité du Sénat et de la chambre des députés malgré les raisons ci-mentionnées. Même les mandataires qui ont étudié les dossiers de M. Lafontant et dévoilé à la nation les irrégularités dont les dossiers sont truffés, lui ont donné un vote positif. L'avant-dernier premier ministre de Michel Martelly, M Lamothe, a traversé le passage aux deux chambres à gué de la même façon. Les figures ont changé, les pratiques restent les mêmes.

Que peut-on attendre alors de ces nouveaux visages ?

De nouveaux visages au timon des pouvoirs étatiques ne garantissent nullement le progrès en faveur du pays. D'aucuns ont assisté avec stupéfaction lors de la déclaration de la politique générale du premier ministre où les deux assemblées en sessions séparées se contentaient de demander des projets au nom de leur circonscription. Ce fut un trompe-l'œil en direction de leurs mandants pour leur faire accroire qu'ils travaillent en leur avantage. La déclaration de la politique générale du premier ministre s'est métamorphosée en un amas de projets ponctuels sans cohérence les uns avec les autres. Il se sentait à l'aise pour acquiescer à toutes les sollicitations des parlementaires et a même enfoncé le clou avec des promesses irréalisables, vu le montant du budget national alloué à chaque ministère et à la présidence, sans sourciller de la provenance des fonds. Ladite communauté internationale a réduit ses dons depuis quelque temps alors que le trésor public reposait sur sa générosité qui atteignait jusqu'à 60% de son montant total. Le fonds Pétro caribe avec le Venezuela s'est tari. Au contraire, l'État haïtien se trouve très coincé du fait de tous les millions de dollars qu'il a à lui rembourser mensuellement comme service de la dette. La production nationale est en berne du fait que l'agriculture paysanne, en plus des contraintes structurelles, ne peut pas concurrencer les produits importés de la République dominicaine, des États-Unis d'Amérique et de presque partout. Il faut 70 gourdes- la monnaie nationale- pour un dollar américain.

À bien analyser la marche du pays, la baisse de la production nationale n'est pas la seule responsable de la décote de la gourde. Les banques, paradoxalement à l'aggravation de l'état lamentable du pays, prospèrent à un point tel qu'elles installent de temps en temps de nouvelles succursales partout à la capitale et dans les villes de province. De puissantes mains et de cerveaux alertes ont domestiqué l'économie nationale. Ils vendent et achètent les devises. Ils servent de courroie à la diaspora qui expédie de la nourriture à leurs proches en Haïti. Ce sont eux aussi, les intouchables, qui financent dans une très large mesure les candidats les mieux placés sur l'échiquier électoral. Toutes les décisions politiques du pays doivent être en harmonie avec leurs intérêts de classe sous peine de chambarder l'équipe qui tenterait de prendre ces décisions.

M. Lafontant a facilement franchi le rubicond puisque tous les postes ministériels, de direction générale et de la diplomatie ont été accordés à la plupart des sénateurs, des députés et à leur chapelle politique. Ce qui nous a valu une palette de ministres, de directrices et directeurs inconnuset parfois sans qualification requise. La même procédure a été utilisée pour les conseillers du président et du premier Ministre. Le modèle électoral imposé par les puissances occidentales et encouragé par les classes dominantes locales et les classes politiciennes traditionnelles ne peut produire d'autres éléments que ceux-là qui profanent délibérément l'essence républicaine. Entre temps, la situation générale du pays empire. On craint sous peu une insécurité alimentaire générale alors qu'elle pèse lourdement déjà dans les régions affectées par le cyclone Matthew du début d'octobre dernier. Le chef de l'exécutif est toujours préoccupé par la phase de '' ôte-toi pour que je m'y mette''. Il continue d'entretenir la nation de promesses qui dégagent une odeur de campagne au lieu de lui offrir un plan qui aiderait les masses populaires à une amélioration de leur situation. Ces dernières sont très loin du bout du tunnel avec un président qui a emprunté les sentiers battus du président Michel Martelly qui a laissé un pays au bord de la faillite générale.

icklhaiti [ICKL HAITI]



 

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